Un automne en plein été ?

Avez-vous remarqué que certains arbres ont déjà revêtu leurs couleurs d’automne ?

Avec les températures et l’ensoleillement du moment, il est certain que nous ne sommes pas dans le cas d’un automne précoce. Mais alors pourquoi les feuilles de nos arbres tombent-elles ?

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Parce que ces êtres vivants, majestueux, cherchent à survivre. Et pour cela ils sont prêts à sacrifier leur floraison ou une partie de leur feuillage. Cela peut paraître contradictoire lorsque l’on sait que c’est par leur feuillage que nos arbres pratiquent la photosynthèse et font le plein en énergie.

Pour rappel « La photosynthèse consiste à transformer l’énergie lumineuse en énergie chimique, c’est-à-dire que l’énergie lumineuse est mise en réserve dans les liaisons chimiques d’un composé bien connu : le glucose. Ce phénomène s’accompagne de l’absorption de dioxyde de carbone (CO2) et de production d’oxygène (O2). »

Afin de pratiquer la photosynthèse, ces géants ont besoin d’eau, de gaz carbonique et de lumière. Si en ce moment ils profitent de lumière et de gaz carbonique en abondance, reste l’eau qui, elle, est pompée dans le sol, des racines vers la cime.

Comment cette eau des profondeurs parvient-elle à atteindre les hauteurs ? Grâce aux feuilles.

Percées de minuscules orifices, les stomates, les feuilles de nos arbres amorcent la pompe en perdant de l’eau. C’est l’évapotranspiration. Et lorsque les feuilles transpirent, elles créent une succion qui se transmet jusqu’au pied de l’arbre.

L’arbre régule ainsi sa température et va en même temps refroidir activement l’air environnant en évaporant l’eau lors de la transpiration. Dans certaines conditions, les arbres peuvent ainsi refroidir l’air ambiant de 2° à 8°C.

Mais lorsque l’eau vient à manquer, la machine s’enraye et l’arbre va chercher à économiser l’eau !

Il ferme ses stomates, en commençant par les feuilles les plus hautes. Ces dernières vont alors sécher et tomber. Et si cela ne suffit pas, il va développer son système racinaire à la recherche de cette précieuse ressource et cela au détriment de sa croissance.

En cas de sécheresses répétées ou prolongées, l’arbre peut se retrouver sous-alimenté en carbone, le rendant plus vulnérable aux parasites et aux attaques.

Enfin, dans les cas extrêmes, lorsque l’évapotranspiration reste supérieure à l’apport en eau, des bulles d’air peuvent se former dans les vaisseaux de l’arbre et provoquer sa mort.

« En cas de sécheresses répétées ou prolongées, l’arbre peut se retrouver sous-alimenté en carbone, le rendant plus vulnérable aux parasites et aux attaques. »

Aujourd’hui l’état des forêts du Grand-Duché de Luxembourg est, lui aussi, préoccupant voire alarmant. D’après le rapport sur l’État de santé de la forêt luxembourgeoise (en 2020) : « les derniers étés secs et chauds ont eu des répercussions très nettes sur l’état de santé des arbres.

  • 14 % des arbres ne présentent pas de dommages
  • 32,1 % des arbres sont légèrement endommagés
  • 53,9 % des arbres sont nettement et/ou fortement endommagés ou des arbres morts »

Ainsi donc nos arbres souffrent de stress hydrique récurrent et certains en meurent déjà.

Et si certains de nos arbres font le sacrifice de leurs feuillages, c’est pour se donner une chance de survivre. Au passage, cela veut aussi dire : une baisse de l’absorption de dioxyde de carbone (CO2) et une baisse de la production d’oxygène (O2), ce qui n’est pas sans conséquence pour toutes les autres espèces, la nôtre y compris.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont les précipitations hivernales qui sont la ressource principale en eau de nos arbres et qui vont les aider à passer les chaleurs de nos étés. L’évolution du climat actuel n’implique pas uniquement une augmentation des températures. Nous allons à l’avenir devoir composer avec des étés de plus en plus secs et des précipitations plus intenses en hiver. Le cycle de l’eau est perturbé et nos choix en matière d’urbanisme et de modèle agricole aggravent la situation.

On peut citer Jean-Pierre Montoroi, chercheur scientifique français à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) :

« En temps normal, les sols permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer jusqu’aux nappes phréatiques. Mais avec l’extension actuelle de l’urbain vers le péri-urbain et la “compaction” des terres liées à l’agriculture intensive, les sols français sont de plus en plus imperméables. Dès lors, ils peinent à remplir leur rôle d’éponge, le cycle de l’eau est perturbé et l’eau de pluie se retrouve en excès en surface.

A défaut de changer notre gestion des sols, nous risquons d’être de plus en plus confrontés à des inondations dans les prochaines années. »

Aujourd’hui le rôle fondamental d’un sol dit « vivant » s’impose.

Parce qu’un sol dit vivant contient un taux de matière organique beaucoup plus important, rendant sa propriété d’éponge au sol. Il n’est plus question de ruissellement. L’eau ainsi que le carbone sont captés et stockés, et c’est tout l’enjeu des années à venir.

Le souhait et le projet de Canopée, coopérative en agroforesterie: Créer un sanctuaire pour la biodiversité, où chacun peut avoir la chance d’apprendre et de se reconnecter à la nature et aux autres. Ce tiers-lieu est le résultat d’années d’investissement d’un groupe de bénévoles qui agissent pour un impact positif sur notre société et notre planète. En 2014, le terrain sur lequel nous travaillons n’était qu’un champ de céréales. Aujourd’hui c’est devenu une oasis de biodiversité.

Céline Bost-Bouillon, co-fondatrice de Canopée, Coopérative en agroforesterie

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