Le sol : de la dégradation à l’aggradation ou comment la forêt se passe de Bayer&co

Imaginons un instant, le potager, le verger, ou le jardin-forêt où le sol deviendrait chaque année plus riche, équilibré et accueillant pour des légumes luxuriants et des arbres sains… Un monde passé et en devenir.

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L’agroforesterie et la permaculture font la part belle au sol vivant et respecté, loin des pratiques agricoles et de jardinage initiés par les grands groupes de l’agrochimie et par les fabricants d’engins agricoles de la démesure. Le fruit de cette agriculture laisse derrière lui un paysage désastreux, que Gilles Clément n’hésite pas à qualifier « de paysage de l’endettement…».
Depuis des années, le climat trouble la faune, la flore et le sol, et ce sont principalement les cultures qui sont malmenées. 2021 avec son eau de pluie en abondance a réveillé le monde des champignons. Et le sol, dans tout cela ? Cette année, l’érosion et les inondations ont remplacé les sols crevassés et secs des saisons précédentes. Mais est-ce une fatalité que les sols de nos jardins subissent ainsi les effets du climat, que ce soient les longues périodes de soleil ou, au contraire, les semaines de pluies avec pour conséquence, … l’érosion des bonnes terres fertiles ? Il n’y a qu’une solution : la forêt, les arbres !

 » Mais est-ce une fatalité que les sols de nos jardins subissent ainsi les effets du climat ? »

C’est ainsi que nous devons nous tourner vers les habitants des forêts : les arbres, les arbustes, les champignons, la microfaune du sol et les produits de la forêt : la litière de feuilles et de bois mort. Le constat est sans appel. En forêt, il n’y a pas d’érosion et si le sol peut donner l’impression d’être sec, ce n’est que superficiellement. L’air de la forêt est frais, humide. Un chêne adulte transpire par son feuillage entre 250 à 400 litres d’eau par jour. Imaginez la quantité à l’échelle d’une forêt…

La forêt crée l’aggradation du sol, un cercle vertueux qui se suffit à lui-même. La forêt comme exemple à suivre. Dès les débuts de la Permaculture, dans les années 70, l’arbre et son milieu naturel jouent un rôle central. Se refusant d’utiliser la terre fertile de la forêt après l’avoir brûlée, la Permaculture préfère laisser le milieu vivant pour en profiter durablement.

Il est fréquent de voir dans un projet permacole (design), des surfaces boisées servir de brise-vent et d’abris pour les animaux de la ferme ou encore, se transformer en forêt nourricière dans lesquelles sont produits fruits et légumes…

L’agroforesterie quant à elle propose d’associer les arbres aux pratiques agricoles les plus courantes. Par exemple, de grandes cultures de céréales sont pourvues de rangées d’arbres dont les bienfaits sont multiples : les feuilles mortes viennent nourrir le sol, les racines remontent des nutriments des profondeurs et permettent à l’eau de ruisseler vers les nappes phréatiques… par ailleurs, ces plantations freinent le vent et offrent ce qu’il faut d’ombre aux cultures.

L’aggradation de nos sols peut être obtenue par des techniques comme celle du BRF (Bois Raméal Fragmenté) et de la couverture permanente du sol. L’objectif est de fournir aux micro-organismes du sol de la nourriture, afin que continuellement ils travaillent en transformant les débris de végétaux en humus assimilable par les plantes. Le sol devient ainsi fertile pour les cultures et perméable à la pluie.
Dans une prochaine publication, nous aborderons « les haies », un élément important de l’aggradation du sol. Leur plantation est à la portée de tous et est actuellement subventionnée par la Région Wallonne…
Luc Koedinger, co-fondateur de « Canopée, coopérative en Agroforesterie »

 

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Pour approfondir : C. DUPRAZ et F. LIAGRE, Agroforesterie, des arbres et des cultures, Ed. France Agricole, Paris, 2011.