La haie, l’or vert du paysage (1)

Définir une haie : un alignement d’arbres et d’arbustes… mais plus encore un biotope exceptionnel, des ressources quasiment infinies, et un capteur de carbone !

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Rosa canina, première strate de la haie défensive. (Photo :Irene)

Une courte histoire des haies

Au commencement la haie était la forteresse du pauvre. Car là où les moyens manquaient pour y construire des murs la haie faisait barrage. Elles servaient à protéger villages et villes…C’est pourquoi l’on parle de haies défensives. Un alignement d’arbustes dans lequel se côtoient l’aubépine, le prunellier, le rosier sauvage : autant dire qu’elle était quasiment infranchissable. L’histoire remonte à loin, en France il y a des écrits du début du 14ème siècle qui témoignent de ces haies défensives… Bien plus tard, à l’époque de la seconde guerre mondiale, les alliés parlaient du bocage normand comme des « haies de l’enfer ».

Jusqu’aux années 50 les haies étaient « exploitées » manuellement, ensuite avec le remembrement et la diminution de la main d’œuvre les haies perdent leur intérêt économique. L’arrivée dans les années 60 de la tronçonneuse n’allait rien arranger à l’histoire. En France, entre 1950 et 2000, les trois quarts des haies ont disparu. Un écocide qui prépare nos pays à la désertification.

Tournons la page de ce désastre en replantons des haies.

Souvent ces dernières ne prennent que peu de place dans le paysage car elles remplacent les clôtures ou occupent des parcelles ingrates pour l’agriculture. Un entre-deux propriétés, une forme de tiers paysage[1], le tracteur n’y trouve pas sa place, alors la flore et la faune peuvent s’installer.

Gilles Clément qualifie le paysage sans haies ni arbres de paysage de l’endettement car ces paysages sont « créés » par de coûteuses machines agricoles faisant rentrer l’agriculteur dans un cercle infernal au service des banques et de l’industrie (machines, engrais et pesticides).

Une haie de 120m de long sur 5m d’épaisseur, plantation en 2015-2016 (Photo : Irene)

Aujourd’hui les haies nous intéressent comme sources de matières premières… Le bois de chauffage, le bois d’ouvrage pour l’ébéniste et le luthier, du fourrage pour les animaux d’élevages, des récoltes de fruits… ces multiples fonctions traditionnelles donnent aux haies à nouveau une grande attractivité. En Permaculture, en agroforesterie, les haies sont un sujet central.

Une haie a de nombreux avantages et qualités, indéniablement elles rendent les paysages plus esthétiques, les bocages sont aux paysages agricoles un peu ce que le kintsugi [1] est à la céramique. Une sublimation de ce qui a été abîmé, puis réparé, ici la forêt qui avait laissé sa place aux vastes cultures agricoles. Alors que les haies sont comme cet or vert dans les paysages…

Des cognassiers ont pris place coté intérieur de la haie. (Photo : Irene)

La technique japonaise du Kintsugi.

Le bocage, le kintsugi du paysage.

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En France, entre 1950 et 2000, les trois quarts des haies ont disparu du paysage.

Elles sont brise-vent, utiles aux cultures et agréables aux bétails, leurs racines permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol vers les nappes phréatiques.

Par ailleurs ces alignements d’arbres et d’arbustes sont une réserve précieuse pour la vie, que ce soit pour les mammifères, les insectes et puis bien sûr pour le monde végétal et celui des champignons. La plupart des arbres vivent en symbiose avec ces derniers et cette association s’appelle mycorhize : l’arbre donne aux champignons un support et du sucre et, en échange, il reçoit des minéraux… Le sol sous une haie devient riche et vivant.

Les arbres et les arbustes sont d’incroyables usines à stockage de gaz carbonique, le carbone constitue ± 50 % de son poids sec (42 % d’oxygène, 6 % d’hydrogène, 1 % d’azote et 1 % de minéraux principalement Ca, K, Na, Mg, Fe, Mn). Ce qui veut dire que seul 1 % de la biomasse est prélevé dans le sol. Il est donc tout à fait extraordinaire qu’une haie puisse enrichir le sol de votre verger, potager ou jardin d’ornement avec un matériaux inépuisable vu qu’il est issu de l’atmosphère. Ce matériaux, issu de la taille d’entretien, nommé le BRF (Bois Raméal Fragmenté) est d’une aide inestimable pour reconstituer un sol. Son apport restitue la vie d’un sol maltraité. En France des vignobles ont été restaurés grâce au BRF.

Cet article constitue une mise en bouche car le sujet mérite d’être approfondi… C’est pourquoi la deuxième partie sur les haies présentera des espèces à planter…

 

Pour des conseils et la plantation de haies contactez nous par courriel: info@canopeecooperative.be

 

Luc Koedinger, co-fondateur de « Canopée, coopérative en Agroforesterie »

(Copyleft)

[1] Gilles Clément , Jardins, paysage et génie naturel, Ed. Collège de France/Fayard, 2012

 

[2] Le kintsugi est une technique japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées au moyen de laque saupoudrée de poudre d’or.