L’eau, l’élément phare du dérèglement climatique

« L’actuel paradoxe consiste à mourir sous des inondations catastrophiques comme nous les avons vécues en juillet 2021 en Belgique, en Allemagne tout en subissant les sécheresses… Les « autorités » ont-elles compris le problème ? Les citoyens se contentent-ils encore des chocs des images et des leurs phrases vides de sens en rejetant le politique ? »

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Un véritable exploit, manquer d’eau sur une planète qui regorge d’eau. Soyons précis, l’eau des rivières et des lacs, l’eau douce, celle qui nous est disponible et indispensable, correspond à 0,00012 % du total de l’eau sur le globe. Cette eau est extrêmement précieuse et mérite mieux que d’être évacuée par la chasse d’eau et par les canalisations.

Les causes principales qui provoquent « les inondations et les sécheresses » sont la destruction du climax, une végétation en équilibre dynamique et la bétonisation et son corollaire du tout à l’égout.

 » L’eau douce, celle qui nous est disponible et indispensable, correspond à 0,00012 % du total de l’eau sur le globe… « 

Le climax européen et l’agroforesterie

L’Europe était essentiellement couverte de forêts, et dans nos contrées le hêtre et le chêne dominaient l’espace. A chacune des régions du monde correspond une végétation parfaitement adaptée aux précipitations. Cette végétation mature est appelée le climax et elle a pour fonction de sauvegarder le sol sur lequel elle vit. Dans nos régions un sol de forêt pour assimiler 150 litres d’eau de pluie par m2 et par heure… Alors qu’au pic des précipitations, lors des terribles inondations de l’année dernière, ils sont tombés maximum 40 litres à l’heure/m2.

Nous pouvons donc affirmer qu’il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, mais d’une gestion irresponsable des territoires et cela à plus d’un titre. Au mois de mai de cette année, 85 % de la Belgique, comme une partie de l’Europe, souffre déjà de manque d’eau. L’agroforesterie est une pratique qui permet de planter entre 20 et 200 arbres à l’hectare en terre agricole (prairies et terres cultivées). 50 arbres à l’hectare correspond à plus de 68 millions d’arbres en Belgique et 6,5 millions d’arbres au Grand-Duché .

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de la Belgique, comme une partie de l’Europe, souffre déjà de manque d’eau dès le mois de mai.

Le béton vs sol vivant

Le niveau des nappes phréatiques est alarmant. Est-ce par faute de précipitations ? Là encore nous faisons d’abord face aux conséquences de la bétonisation du territoire. Les eaux de pluie, après avoir imbibé le sol de surface, devraient naturellement couler vers les profondeurs des nappes phréatiques grâce à la végétation arborée. C’est ici qu’un sol vivant, riche en matière organique, prend toute son importance.

Prenons trois exemples chiffrés : un sol contenant 1 % de matière organique (MO) retient 200.000 litres d’eau à l’hectare, avec 4 % de MO le même sol retiendra plus de 800.000 litres d’eau à l’hectare et le dernier chiffre est celui d’un hectare de forêt à 4 % de MO qui va, lui, retenir 1.600.000 litres d’eau. Notre environnement a tout prévu, de grosses chutes d’eau de pluie et le captage du CO2. Si toutefois nous laissons faire la nature et en ayant recours à des pratiques agroécologiques.

L’agroécologie, source de solutions

Le captage de l’eau de pluie et le stockage du CO2 dans les sols agricoles, correspondent à des pratiques agricoles qui représentent, en plus de tous les autres bienfaits, une source d’emploi considérable.

Une étude international de 2017 avec l’INRAE démontre comment l’agriculture sur sol vivant pourrait, dès l’instant que l’on le décide, stocker toutes nos émissions de CO2, année après année. Ce carbone dans les sols permettrait de produire plus sainement en respectant la nature des sols et en captant d’énormes ressources d’eau de pluie.

La végétation herbacée, contrairement au sol nu, permet la captation de la rosée du matin dont une partie va s’écouler vers le sol. Cette couverture enherbée va également protéger le sol des rayons du soleil et ainsi réguler la température du sol. Pourquoi s’en priver ?

Une récente étude de chercheurs de l’université de Gand a dévoilé qu’une zone sèche va propager la sécheresse en aval par le vent. Le reboisement est là encore plus qu’une solution : une nécessité.

Par ailleurs l’augmentation des températures accélère l’évaporation de l’eau dans l’atmosphère et celle-ci participe à l’effet de serre. Autant dire que ce cercle vicieux fonctionne. Des bonnes résolutions internationales pour 2050 ne changeront rien à notre destinée. L’agroécologie tournée vers une alimentation humaine saine doit être sortie des griffes de la spéculation et des visions rétrogrades de l’Union Européenne (PAC).

Cette dernière entretient le discours, mal informé ou mal intentionné, de certains esprits chagrins qui prétendent que l’agroécologie ne peut nourrir le monde, alors qu’il est directement mis à mal par le fait que notre civilisation jette plus de 40 % de l’alimentation produite.

Le paysan a désormais deux tâches : nourrir l’humanité sainement et entretenir une partie du paysage, et particulièrement les sols ! Il est évident que ce travail doit être rémunéré dignement et, en conséquence, la dimension des « exploitations » doit être réduite… L’agriculteur/paysan doit être formé afin d’être à la hauteur de ces nouveaux défis.

L’urbanisme écologique

La végétalisation des villes est un projet des plus urgents : associer arbres et murs végétalisés pour couvrir les façades en empêchant les rayons du soleil de surchauffer les milieux minéralisés (bitume, marbre, pierre, etc.). A titre d’exemple, à Paris, des chercheurs ont mesuré une différence de 8° entre l’endroit le plus chaud et le lieu le plus frais de la capitale. Ces mesures sont toujours prises à l’ombre ce qui veut dire que l’écart est encore plus important, que vous vous promeniez au Bois de Boulogne ou à la grande Arche de la Défense… Le chantier est immense.

Il en va de même concernant la gestion de l’eau de pluie en ville, la pratique actuelle qui déverse simplement cette eau précieuse dans les canalisations est à revoir entièrement. Des paysagistes spécialisés dans ces questions s’engagent afin que l’eau soit retenue le plus longtemps possible en « surface » afin qu’elle soit utile avant d’aller rejoindre les rivières et les fleuves.

La rencontre entre l’émetteur de CO2 et le terrien

Il est certain qu’il ne faudra pas attendre le législateurs pour commencer à stocker le CO2. Dès à présent, et encore mieux aujourd’hui que demain, il faut des volontaires pour compenser leur bilan carbone, augmenter la MO des sols agricoles, agir sur la captation de l’eau de pluie et de CO2, en évitant l’érosion des sols tout en favorisant la biodiversité de la faune et de la flore du sol.

Pour ces multiples raisons il s’agit de pratiquer ce stockage aussi bien dans le sud que chez nous !

C’est pourquoi Canopée, coopérative en agroforesterie se propose d’être l’intermédiaire entre les compensateurs (entreprise et particulier) et l’agriculteur ou le particulier qui veut planter des arbres, des haies, etc..

… et la politique ?

La classe politique semble immuable, hors sol pour certains. Le coût humain et environnemental est et sera extrêmement élevé. Après nous le déluge et la fournaise ? Ou alors allons-nous nous mettre debout face à cette situation inégalée ? Le citoyen ne peut plus attendre l’élu, ni rejeter toute la classe politique d’un revers de main en se désintéressant à la politique. Construire un monde vivable à l’aide de la nature semble être le projet le plus enthousiasmant qui soit ! La boîte à outils de la Permaculture et du mouvement de la transition doit impérativement remplacer celle du FMI, de la Banque Mondiale et consorts.

Récemment une journée internationale était dédiée à l’environnement, une curiosité, elle nous permet de mesurer le décalage que nous entretenons avec notre nature et la Nature. L’environnement n’est pas un coin de paysage à préserver mais un incroyable jardin planétaire à protéger face à une seule espèce. L’actualité fait la part belle aux commémorations des victimes des inondations 2021… ni la tristesse, ni l’indignation ne changeront nos paysages ! Exigeons des décisions politiques responsables, en commençant par les élu(e)s communaux.

Luc Koedinger, co-fondateur de « Canopée, coopérative en Agroforesterie »

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